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Photographe

***************** Ce jour où j'ai rencontré un ange *****************

"Suite à mon intervention à l'hôpital de Châtellerault, le vendredi 11 août 2017, j’ai décidé de vous raconter le déroulé de cette journée, en apparence habituelle, mais où tout a basculé. Cette l’histoire, c'est aussi l’histoire de mon engagement, au sein d’une association prônant l’amour et le souvenir, et celle-ci prend aujourd’hui une très grande place dans mon cœur. Ce vendredi, mon destin fit que mon engagement prit tout son sens, et cette passion, qui m’anime au quotidien dans mon métier de photographe alliée à l’amour des autres m’aura transporté à la rencontre d’un petit ange ....

Vendredi 11 août 2017: 9h00
Une journée habituelle commence. Mon planning de la journée est plutôt bien rempli, tri et traitement des séances passées en prévision, ainsi que 2 rendez-vous clients dans la journée pour des livraisons. Mon premier rendez-vous est prévu pour 10h, et celui-ci se trouve à 40 minutes de mon bureau. Comme tous les matins, ce matin-là, je jette un rapide coup d’œil sur ma boite gmail et sur mon facebook. Là, un message d’une connaissance m’interpelle, et je contacte Hélène, la présidente de l’association Souvenange, afin la tenir informée de ce message.

9h20
Le coffret photos des clients sous le bras, une petite voix me dit qu’il est temps pour moi de prendre la route, si je ne veux pas arriver en retard. Juste avant de quitter mon bureau, mon regard se porte sur mon sac photo, qui est là, juste sur ma gauche. Par habitude, je le prends et commence à le mettre sur mon dos, puis la raison me revient “Je n’ai pas besoin mon sac, je vais juste en rendez-vous”. Je me décide donc à le reposer, mais sans trop savoir pourquoi, je fais preuve d’une certaine hésitation, avant de le poser définitivement.

10h20
Après 40 minutes de route et après m'être perdu au beau milieu de la campagne, j’arrive enfin chez mes clients … C’est autours d’un café, que nous en venons à discuter de l’association tout naturellement, des actions que nous faisons en maternité et sur les retouches. Nous parlons également de l'importance de la photographie pour les paranges (parents des petits anges) dans leurs travail de deuil.

10h30 
”Je peux t’appeler ? ” 
C’est Hélène la présidente de Souvenange, qui m’envoie un sms. En quelques secondes mes pensées se tournent vers le message découvert le matin même sur facebook et je lui réponds rapidement “Oui ...” Quelques minutes plus tard le téléphone sonne, je décroche. Après quelques minutes de conversation, Hélène me raconte qu’un email est arrivé en début de nuit sur la boite email de l’association en provenance du centre Hospitalier de Châtellerault. Il est expliqué dans celui-ci qu’un petit bébé est né sans vie, vers 23h et les parents souhaitent une intervention d’un photographe de l’association afin d'immortaliser le visage de leur petit ange. Hélène m’explique que Châtellerault se trouve à 90km de chez moi, 1h30 de route environ, deux confrères ne sont pas disponibles, je suis le troisième photographe sur la liste à être le plus proche pour intervenir. Hélène me laisse réfléchir afin que je reste maître de mon choix
“Es-tu prêt pour ton baptême du feu ?”
En quelques secondes, c’est encore le chamboulement, et des questions résonnent dans ma tête: “Que vais-je voir ?, Vais-je tenir le coup ? Que faire comme photos ? Est-ce que les parents seront là ? Dans quel état sera le petit bébé ? ” mais ma réponse est belle est bien là : 
”Tu sais pourquoi je me suis engagé dans l’association Hélène ? C’est pour aller jusqu’au bout de ma démarche, donc oui j’y vais, je rentre rapidement, je prends mon sac et je vais à Châtellerault ”
Notre conversation continue encore quelques minutes et elle m'explique comment contacter la maternité pour les prévenir de mon intervention et mon arrivée.

10h53 
Après une rapide explication à mes clients, je reprends donc la route vers mon domicile afin de récupérer mon sac photos resté dans mon bureau. J’en profite également sur la route du retour pour essayer de calmer mon flux d’interrogations, mais en vain…

11h30
Me voilà de retour chez moi. Je me dépêche de récupérer les clefs du bureau. Celui-ci est situé dans une toute petite dépendance à quelques mètres de mon domicile. J’entre, j’allume le pc, je check mon sac pour vérifier que tout le matériel est là et je regarde l’email qu’Hélène m’a transféré. Grâce à celui-ci, j’ai les coordonnées pour contacter par téléphone, l’équipe médicale qui va m’accueillir. Le stress monte encore d’un cran lorsque je compose le numéro. 
Une musique d’attente retentit puis une personne me répond. C’est une voix féminine, je lui explique le sujet de mon appel et celle-ci me demande: 
quand pouvez-vous intervenir au plus vite ? 
je pars tout de suite, je serais dans vos locaux dans 1h30 environ, le temps pour moi de faire la route.
Pas de souci, nous vous attendons, bonne route.
Quelques minutes plus tard j’appelle Hélène, pour la tenir informée de la conversation que j’ai eue avec la maternité et c’est là que son rôle de maman prend le dessus. En effet, Hélène pour nous photographes de Souvenange, c’est comme une petite maman, c’est la personne sur laquelle nous pouvons nous reposer en cas d’intervention. Elle est là pour nous accompagner, nous donner des conseils et nous rassurer mais elle est aussi là en même temps nous confronter à la dure réalité.
Nous échangeons plusieurs minutes, elle me donne les dernières recommandations de concentration pour les 1h30 de route à venir, elle me passe également comme message que si le besoin se fait sentir, qu’elle est là pour répondre à mes appels. Notre conversation se termine, nous raccrochons et le silence vient prendre le dessus sur le reste de mes pensées.
Je ne peux plus faire marche arrière, l’équipe médicale, Hélène, les parents, tous comptent sur moi, Il est donc temps de préparer mon départ.
Je prends le temps d’imprimer l’adresse de la maternité, de publier un rapide message sur facebook pour prévenir mes clients de l’après midi, de mon absence. Je programme mon GPS avant de quitter une nouvelle fois mon bureau, mais avec mon sac sur le dos cette fois-ci. J'en profite également pour prendre quelques minutes pour contacter ma compagne afin de la prévenir de ne pas m’attendre le midi pour le repas. Elle me comprend et me soutient au quotidien dans mon combat pour Souvenange. Elle sait également que mon intervention est la première en milieu hospitalier et me souhaite plein de courage et d’amour.

12h environ 
Je quitte mon domicile, je m’installe au volant en pensant aux mots de ma compagne et ceux d’Hélène. Je prépare un cd, je mets le contact, j’installe mon GPS, celui-ci affiche 91km, 1h24 restant …
Les villes défilent sous mes yeux Doué la Fontaine, Montreuil Bellay, Loudun .... et en même temps une certaine peur de l’inconnu commence à faire son apparition. Tout au long du trajet, je ne cesse de me rappeler les dernières paroles d’Hélène, qui me disait de rester absolument concentré sur la route, car j’allais et c’est naturel, être submergé par mes pensées.

13h25 environ
J’arrive enfin au centre hospitalier de Châtellerault. Je me gare sur le premier parking présent sur la droite en arrivant. Là, devant moi, se trouve un très grand bâtiment se composant d’une façade en verre. En contrebas de celui-ci, la signalétique indique que les urgences et la maternité se trouve sur la gauche. Un peu perdu dans ce nouveau lieu et par les quelques bâtiments présents devant moi, je prends le temps de contacter Hélène afin de l'informer de mon arrivée. J’en profite également pour lui demander quelques informations pour accéder à la maternité le plus rapidement. Après quelques minutes d’échange et de conseils, elle m’informe également que de nombreux messages de soutien sur le groupe de Souvenange, ont été postés. Nous finissons par raccrocher et le silence revient dans la voiture. Je regarde la façade de verre de cet hôpital, présent juste devant moi sous un ciel terriblement gris. Je respire profondément, je pense en même temps aux nombreux confrères qui me soutiennent, je pense aussi aux parents, et je pense avant tout, à cette rencontre qui va avoir lieu dans quelques minutes, pour la première fois avec un petit ange. Je reste là en concentration encore quelques secondes, avant de regarder dans mon rétroviseur central mon sac présent sur la banquette arrière de ma voiture “C’est parti, on y va !”
Après avoir suivi la signalétique et longé le bâtiment de la maternité, j’arrive devant la porte de celle-ci. Je respire une dernière fois profondément et entre. Après avoir attendu quelques minutes dans la salle d’attente des consultations, je contacte de nouveau l’équipe médicale par téléphone. Une jeune femme me répond et m’informe qu’elle vient me chercher. Celle-ci m’amène au premier étage de la maternité, j’en profite alors pour lui demander le terme de ce petit ange et celle-ci me répond 18 semaines. Mon inquiétude grandit un peu plus en apprenant cette nouvelle. En effet, grâce à la formation que j’ai eue avec Hélène quelques semaines plus tôt, je sais que ce bébé va être très très petit et qu’il faut s’attendre potentiellement au pire. Habituellement nous préférons intervenir à partir de 22 semaines quand les petits bébés ressemblent le plus à des bébés. Après m’avoir transmis cette précieuse information la jeune femme m’indique le chemin pour aller vers le service du bloc obstétrical.
J’arrive rapidement devant la porte du service, je sonne et celle-ci s’ouvre. Une sage femme m’accueille. Je me présente et celle-ci comprend rapidement la raison de ma venue et me laisse entrer. Une autre sage-femme est présente et vient me saluer également ainsi qu’un médecin. Je ressens tout de suite la convivialité qui se dégage de cette équipe en service, et je dois le dire, cela me rassure énormément.
L’équipe m’informe que les parents ont déjà quitté la maternité, et que je serai seul avec une sage-femme pour effectuer la séance.
Je me dirige avec la sage femme dans une chambre présent sur la gauche du service. Cette pièce s’avère être très lumineuse et cela me rassure encore une fois. Nous définissons ensemble que les prises de vues auront lieu sur le lit présent sur la gauche.
Je pose donc mon sac à proximité et je commence à installer mon matériel. J’installe un flash Cobra en déporté sur le lit, afin d’obtenir une lumière de soutien pour la séance. Afin d’obtenir la lumière d’appoint la plus douce possible, j’oriente mon cobra vers le plafond afin que celui-ci me serve de réflecteur et diffuseur naturel. Pendant ce temps, la sage-femme a retourné quelques placards afin de récupérer un linge blanc pour les photos.

13h37 
Nous sommes prêts ! La sage-femme informe donc une collègue pour aller chercher le tout petit bébé.
Je profite du moment d’attente pour informer Hélène par sms du terme de 18 semaines de ce petit bébé et celle-ci me répond quelques secondes après “Tout petit petit … Courage ”. 
Cela peut paraître bête comme ça à première vue, mais cette réponse rapide d’Hélène m’a permis d’évacuer une bonne partie de mon stress car j’ai compris qu’elle était vraiment là, pas physiquement, mais là pour répondre à tout moment en cas de problème.
La sage-femme revient quelques minutes plus tard avec sa collègue. Celle-ci tient dans ses mains un petit bac blanc fermé hermétiquement. Elle me regarde et me demande 
“Avez-vous déjà vu un fœtus ?” 
Je lui réponds que non, tout en lui expliquant qu’avec Souvenange, nous sommes confrontés à certaines images pendant nos formations.
La sage-femme installe le petit bac sur le lit et à cet instant mon cœur commence à battre la chamade à cause de l’inconnu, qui m’attend dans quelques secondes.
La sage-femme qui m’accompagne pour la séance m’interpelle et me fais comprendre que nous allons découvrir ce petit ange pour la première fois ensemble.
Sa collègue ouvre tranquillement le couvercle et sort très délicatement ce petit ange à la lumière et le pose sur le lit. Elle sort également le petit bracelet et le pose à côté de ce minuscule bébé.
Je m’approche tranquillement à mon tour du lit, je regarde et analyse ce tout petit bracelet, et je découvre le joli prénom de ce petit ange “MANON”. Mon regard se tourne ensuite vers la petite Manon, ce tout petit bébé, là juste devant moi. La peau de celle-ci est très rouge, cela est normal pour son très très jeune âge, et elle fait une taille de 20 centimètres environs.
Après quelques échanges avec les deux sages femmes, l’une d’entre elle quitte la pièce et nous commençons la séance. 
Tout d’abord, la sage-femme me demande des photos dites médicales puis je commence ensuite mon travail pour immortaliser les petits détails (les pieds, les mains ...) de ce petit ange. Au travers de l’œilleton de mon appareil, je m’approche et admire son magnifique petit visage (son petit nez, ses petits yeux fermés, sa petite bouche …) j'immortalise celui-ci sur mon appareil et j’admets qu’elle est très belle....
La séance aura durée 30 minutes environ. Nous avons, avec la sage-femme, mis la petite Manon dans plusieurs positions afin de réaliser des photos douces et harmonieuses, se rapprochant le plus d’un petit bébé qui dort. Pendant toute la durée de cette séance, je n’ai pas arrêté de penser aux parents, à cette rencontre qu’ils auront dans quelques semaines, au travers de mes images avec leur toute-petite. 
A la fin de la séance, c’est avec un pincement au cœur, que je vois la petite Manon être déposée délicatement dans son bac et c’est aussi avec de la peine, que je vois celui-ci quitter la chambre avant de disparaître dans le couloir. J’échange quelques mots avant de partir, avec la sage-femme qui m’a accompagné, une personne juste adorable et je la remercie car nous avons fait une très bonne équipe.

Il est 14h25 quand je quitte le service obstétrique et que je sors de l’hôpital par la grande façade de verre. La météo n’a clairement pas changé et le ciel est toujours gris et très sombre. Sur le trajet pour aller jusqu’à ma voiture qui se trouve sur le parking devant moi, j’en profite pour appeler Hélène et l’informer du déroulement de la séance qui vient d’avoir lieu. Nous parlons quelques minutes de la séance mais surtout de tout et de rien. Elle en profite pour me rappeler encore quelques conseils pour la route du retour et me remercie encore longuement pour mon engagement dans cette séance et surtout dans l’association. 
Il est temps pour moi de repartir le cœur léger, contrairement à tout à l’heure lors de mon arrivée. Je programme de nouveau mon gps, je tourne la clé du contact et je me dirige lentement vers la sortie du parking ou la barrière se lève devant moi. Quelques secondes plus tard, je quitte enfin l’enceinte de l’hôpital. Dans le rond-point en contrebas, mon regard se tourne alors une dernière fois sur la façade de verre de cette hôpital, et je constate avec joie ce tout petit bout de ciel bleu qui est présent là juste au dessus de nos têtes… Quelques secondes plus tard l'hôpital disparaît petit à petit ne laissant place qu’au souvenir d’une journée qui restera gravée dans ma vie, et dans mon cœur…

Manon 10/08/2017 <3 "

(Le prénom du bébé a été changé)